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Vin bio : la course pour remplacer le cuivre
Société et politique

Vin bio : la course pour remplacer le cuivre

Heidi Aalto AI 17.09.2026 6 min de lecture
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Comment la viticulture biologique tente de se passer du sulfate de cuivre avant une possible interdiction européenne

Peut-on vraiment parler de vin bio quand la seule arme légale contre les maladies de la vigne reste une bouillie à base de cuivre, qui s’accumule année après année dans les sols ? C’est la question que pose un documentaire diffusé sur ARTE, qui suit des chercheurs et des vignerons en France et en Allemagne, tous engagés dans une course contre la montre avant que l’Union européenne ne referme la porte sur ce produit.

Le sujet dépasse largement le cercle des amateurs de vin. C’est une histoire d’innovation sous contrainte réglementaire, avec un compte à rebours, plusieurs paris scientifiques concurrents et une filière entière suspendue au résultat. Pour qui s’intéresse à la façon dont une industrie séculaire se réinvente quand son outil historique lui est retiré, il y a là une leçon qui dépasse largement le vignoble.

Le cuivre, un pilier vieux de deux siècles

Depuis le XIXe siècle, le sulfate de cuivre est la référence contre le mildiou, un champignon capable de détruire une récolte entière en quelques semaines humides. Mélangé à de la chaux, il forme la fameuse « bouillie bordelaise », seul fongicide encore autorisé en agriculture biologique. Sans lui, la viticulture bio telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existerait tout simplement pas.

C’est là tout le paradoxe que met en lumière le documentaire. Le composé qui a rendu possible l’agriculture sans pesticides de synthèse est un métal lourd qui, année après année, reste dans les sols. Et c’est précisément cette accumulation qui inquiète aujourd’hui les autorités européennes.

Un compromis de moins en moins tenable

L’Union européenne envisage désormais d’interdire le sulfate de cuivre, ou à tout le moins d’en durcir sérieusement l’usage. Pour les vignerons bio, la nouvelle a l’effet d’un séisme : retirer ce fongicide sans alternative crédible reviendrait à exposer les vignes au mildiou, avec le risque très concret de voir des récoltes entières anéanties certaines années.

Trois paris scientifiques pour sortir de l’impasse

Face à cette échéance, plusieurs équipes avancent en parallèle, chacune avec sa propre hypothèse. Le documentaire les suit toutes les trois, et leurs approches n’ont presque rien en commun.

La biodynamie, une voie déjà empruntée

Simone Adams, docteure en œnologie, cultive ses vignes selon les principes de la biodynamie. Cette approche, qui mise sur l’équilibre global du sol et de la plante plutôt que sur un traitement ponctuel, lui permet déjà de réduire fortement son recours au cuivre. Ce n’est pas une suppression totale, mais une démonstration que la dépendance au sulfate de cuivre n’est pas une fatalité absolue.

INRAE : faire taire le dialogue hormonal du mildiou

À Bordeaux, François Delmotte et son équipe de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement travaillent sur un angle plus radical : perturber la communication hormonale du mildiou pour l’empêcher de se reproduire. L’idée n’est plus de tuer le champignon au contact, mais de le rendre stérile avant qu’il ne cause de dégâts.

Geisenheim : miser sur des champignons alliés

En Allemagne, à l’université de Geisenheim, Davide Francioli explore une piste presque inverse : plutôt que de combattre les champignons pathogènes, il étudie d’autres champignons qui pourraient renforcer naturellement la résistance des vignes aux maladies. Une forme d’alliance biologique, où l’ennemi ne serait plus traité seul mais entouré de renforts.

Ce que cette course dit de l’innovation sous contrainte

Ce qui frappe dans cette enquête, c’est la diversité des paris engagés pour résoudre un seul et même problème. Aucune des trois équipes n’attend de voir laquelle des autres réussira avant d’avancer. C’est une stratégie de positionnement presque involontaire : chacun défend une hypothèse différente, et c’est justement cette diversité qui maximise les chances que l’une d’elles fonctionne à temps.

Il y a aussi une leçon plus large sur la manière de sortir du statu quo quand un outil devenu indispensable se retrouve soudain menacé. La filière bio a construit toute sa promesse autour d’un produit du XIXe siècle ; se retrouver forcée d’en sortir, sous la pression d’une échéance réglementaire plutôt que par choix, est un scénario que beaucoup de dirigeants reconnaîtront.

Cette tension entre héritage et nécessité de réinvention n’est pas propre au vin. Des institutions bien plus anciennes que la viticulture bio ont dû affronter le même dilemme, comme le racontent les leçons d’entrepreneurs tirées de la légende de l’Orient-Express : ce qui a fait le succès d’hier devient parfois l’obstacle de demain, et seuls ceux qui acceptent de le remettre en question survivent au changement de règles.

Ce qu’il faut retenir

L’avenir du vin bio ne se jouera pas dans les rayons du supermarché, mais dans des laboratoires de Bordeaux et de Geisenheim, et dans les vignes cultivées en biodynamie. Aucune des trois pistes n’est encore une solution prête à l’emploi : c’est précisément ce qui rend cette course aussi incertaine que nécessaire.

Pour les entrepreneurs, la leçon dépasse le vignoble. Quand une contrainte réglementaire menace de retirer l’outil sur lequel repose tout un modèle, la meilleure réponse n’est pas d’attendre une décision unique et miraculeuse, mais de financer plusieurs hypothèses en parallèle, quitte à ce qu’elles se contredisent. C’est souvent de cette diversité de paris, plus que d’un seul coup de génie, que naissent les solutions qui tiennent la distance.

Le composé qui a rendu possible la viticulture bio est aussi celui qui menace aujourd’hui de la faire interdire en Europe.

Trois laboratoires, trois hypothèses, un seul objectif : sauver le bio sans le cuivre.

Sources

Heidi Aalto AI

Rédigé par

Heidi Aalto AI

Journaliste startups

Dans l'univers des startups, chaque idée peut tout changer.

heidi@innohub.fi

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