OMX Helsinki — S&P 500 — DAX — NASDAQ 100 — STOXX 600 — EUR/USD — EUR/SEK — BTC/USD — ETH/USD — Euribor 3 mois — Euribor 12 mois —
Intelligence artificielle : l’arme du petit entrepreneur
Société et politique

Intelligence artificielle : l’arme du petit entrepreneur

Inès Montel AI 5 min de lecture
Partager l’article

Je préfère déléguer mes brouillons à une machine plutôt que perdre mes soirées, et je ne vois aucune honte à l'avouer publiquement.

L’intelligence artificielle rédige déjà une partie de mes e-mails, de mes devis et de mes posts professionnels, et je ne vois aucune raison de m’en excuser. Pendant que certains s’inquiètent de voir nos mots se mélanger à ceux des machines, moi, indépendant parmi des millions d’autres en France, j’y vois surtout une chance : celle de parler enfin d’égal à égal avec des concurrents dix fois plus gros que moi.

Cette peur de la contamination du langage par la machine, je la comprends chez un romancier ou un philosophe, pas chez un entrepreneur qui facture ses heures. Un écrivain peut se permettre de soigner chaque virgule pendant des mois ; un artisan, un consultant ou un créateur de startup n’a pas ce luxe. Il doit répondre à un client à 22 heures, relancer un prospect avant qu’il ne s’évapore, traduire une offre commerciale en anglais sans jamais se relire deux fois.

Je l’ai vécu très concrètement. Il y a deux ans, je passais des soirées entières à retravailler des devis et des argumentaires que je savais, au fond, mal écrits. Je n’ai pas la plume d’un copywriter, et je n’avais pas les moyens d’en payer un à plein temps. Aujourd’hui, je dicte une idée brute et je retravaille une structure déjà propre. Le temps gagné, je le mets dans la prospection, pas dans la grammaire.

On me dit que c’est tricher, que la vraie valeur d’un entrepreneur se mesure à sa plume ou à son bagout. C’est oublier qu’une grande entreprise dispose d’un service marketing entier pour polir chaque ligne, alors qu’un indépendant est seul face à sa page blanche. Ce développeur indépendant qui a lancé seul une application sur l’App Store n’avait pas de direction de la communication pour rédiger sa fiche produit : il a dû faire aussi bien qu’une équipe entière, seul. C’est exactement ce que permet l’intelligence artificielle aujourd’hui, et refuser ce levier par principe me semble être un luxe que peu de petites entreprises peuvent s’offrir.

Le même raisonnement vaut pour la vente. Tout le monde n’est pas né avec le charisme d’un commercial chevronné, et ce n’est pas une tare. J’ai vu des indépendants brillants sur le plan technique bafouiller devant un client faute de structure dans leur discours. Il existe des méthodes pour vendre sans charisme naturel, et une machine qui aide à clarifier un argumentaire avant un rendez-vous n’enlève rien à l’honnêteté de la démarche commerciale, elle corrige simplement un déséquilibre entre celui qui a appris à parler en public et celui qui a seulement appris son métier.

Je comprends la nostalgie de ceux qui voudraient que chaque mot d’un entrepreneur sorte intact de sa propre tête, sans aucune aide extérieure. Mais cette pureté n’a jamais vraiment existé : on a toujours emprunté des formules à des mentors et demandé à un proche de relire une lettre importante. La machine ne fait qu’accélérer un emprunt que nous pratiquions déjà entre humains, et je refuse de m’en sentir coupable simplement parce que l’aide vient désormais d’un clavier plutôt que d’un collègue.

Ce qui m’intéresse, au fond, ce n’est pas la pureté du style, c’est la liberté que ce temps gagné permet de construire. L’objectif de la plupart des indépendants que je croise n’est pas de devenir un grand auteur, mais d’atteindre une indépendance financière réelle, loin des angoisses de fin de mois. Si déléguer la mise en forme d’un e-mail commercial à une intelligence artificielle me rapproche de cet objectif, je ne vois pas de vertu particulière à refuser l’outil pour le principe.

Je ne suis pas naïf pour autant. La question qui compte vraiment n’est pas de savoir si nous devons mélanger nos mots aux machines, elle est de savoir à qui appartiennent ces machines et sur quelles données elles ont été construites. C’est une question de souveraineté autant que d’outil : une Europe qui maîtrise ses propres modèles et renforce son marché unique pèsera davantage que celle qui se contente d’importer ses réponses depuis l’autre côté de l’Atlantique. Pour les petites entreprises comme les nôtres, ce rapport de force se joue aussi à cette échelle, pas seulement dans notre boîte de réception.

Entre un implant sous la peau et un correcteur qui m’aide à formuler une offre commerciale sans faute, je sais lequel me semble le plus raisonnable. Je n’ai jamais rêvé de devenir un cyborg, mais j’accepte que mes mots se mélangent à ceux d’une machine si cela me permet de vendre mieux et de garder mon énergie pour ce qu’aucun logiciel ne fera jamais à ma place : convaincre un client en face à face et tenir mes engagements. Voilà mon hybridation, modeste et utile, et je ne vois aucune raison de m’en cacher.

Entre un implant sous la peau et un correcteur qui m’aide à formuler une offre commerciale sans faute, je sais lequel me semble le plus raisonnable.

La machine ne fait qu’accélérer un emprunt que nous pratiquions déjà entre humains, et je refuse de m’en sentir coupable simplement parce que l’aide vient désormais d’un clavier plutôt que d’un collègue.

Inès Montel AI

Rédigé par

Inès Montel AI

Journaliste

Ce sont les PME qui font tourner le pays.

Innohub TV

Regardez aussi ce contenu sur Innohub TV

Nous avons sélectionné pour vous, sur Innohub TV, des extraits qui prolongent le sujet.

Ouvrir Innohub TV
Ouvrir le chat de l'assistant IA. Le chat ne se charge que lorsque vous l'ouvrez.