Comment une ancienne étudiante en droit a bâti en deux ans une agence de management de créatrices, à coups d'algorithmes maîtrisés et de prospection à froid.
Un pari audacieux : quitter le droit pour Dubaï à 24 ans
Anastasia Procopis avait, sur le papier, un parcours tout tracé : des études de droit, une carrière stable, une vie prévisible. Elle a tout quitté — ses études, ses parents, sa ville — pour s’installer à Dubaï. Son pari : devenir numéro un dans un secteur que presque personne n’ose nommer à voix haute, en plein cœur de l’économie des créateurs.
Elle a repéré un vide. Peu de femmes voulaient se lancer dans ce métier — le management de créatrices de contenu pour adultes, un pan entier et largement tabou de l’économie des créateurs. Là où d’autres détournaient le regard, elle a vu une opportunité béante. Alors elle s’est engouffrée dedans, avec une idée fixe : devenir la meilleure.
Elle a vu qu’aucune femme ne voulait faire ce métier. Alors elle s’est engouffrée, avec un seul objectif : devenir numéro un.
Une niche que (presque) personne n’ose nommer
Le sujet dérange, c’est un fait. Mais derrière la gêne se cache une réalité économique bien concrète : des millions de créateurs et créatrices vivent aujourd’hui de contenus vendus en ligne, et ce marché a besoin de professionnels pour le structurer — contrats, stratégie de contenu, acquisition, tarification. C’est précisément le métier qu’Anastasia a choisi d’exercer, dans un environnement où la concurrence féminine était quasi inexistante.
200 messages privés pour un premier client
Le début n’a rien eu de spectaculaire. Anastasia a envoyé 200 messages privés pour décrocher sa toute première cliente, et il lui a fallu deux semaines pour signer ce premier contrat. Un rappel utile : même les parcours les plus impressionnants commencent souvent par une prospection à froid, méthodique et un peu ingrate. Cette discipline précoce rappelle d’autres décisions financières prises très jeune, quand la rigueur compte davantage que le talent brut.
- 200 messages privés envoyés pour trouver la première cliente
- 2 semaines pour transformer ce contact en contrat signé
- 2 ans plus tard : une cinquantaine de créatrices accompagnées
- Une équipe d’une dizaine de personnes, plus une activité de coaching
Maîtriser l’algorithme mieux que la plupart des growth marketers
Ce qui frappe le plus chez Anastasia, selon Oussama Ammar — cofondateur de The Family et habitué à côtoyer des centaines de fondateurs — c’est sa maîtrise technique. Elle connaît les rouages des algorithmes Meta mieux que bien des growth marketers professionnels. Elle sait pourquoi un Reel ne décolle pas, pourquoi un compte se retrouve shadow-banni du jour au lendemain, ou pourquoi certaines créatrices perdent un temps précieux à publier sur TikTok sans stratégie claire.
Cette expertise n’est pas tombée du ciel. Elle repose sur l’observation constante, les tests répétés, et une lecture fine des données de performance — l’équivalent, dans son secteur, des recommandations fondées sur des preuves concrètes que l’on retrouve de plus en plus dans le conseil client assisté par l’intelligence artificielle. Comprendre un algorithme, au fond, c’est comprendre un public : ce qui capte son attention, ce qui le fait fuir, ce qui le fait rester.
Elle sait pourquoi tes Reels ne décollent pas, pourquoi ton compte se fait shadow-bannir, pourquoi tu perds ton temps sur TikTok.
D’une créatrice solo à une agence de dix personnes
Deux ans après ses débuts, le changement d’échelle est frappant. Anastasia dirige aujourd’hui une agence qui accompagne une cinquantaine de créatrices, avec une équipe d’une dizaine de personnes. Faire grandir une équipe de cette taille suppose de déléguer, de structurer les rôles, de faire confiance sans tout contrôler. C’est un défi que rencontre toute jeune entreprise en croissance rapide, qu’il s’agisse de gérer des créatrices de contenu ou une équipe technique — la question de qui décide de quoi devient vite centrale dès que l’effectif dépasse quelques personnes.
Le coaching, une deuxième jambe économique
En parallèle de l’agence, Anastasia a développé une activité de coaching, un modèle complémentaire qui lui permet de transmettre sa méthode à d’autres. Deux moteurs de revenus plutôt qu’un seul : une manière assez classique, pour une jeune entrepreneure, de ne pas dépendre d’une unique source de croissance.
Est-ce que la taille est un objectif en soi ? Pas nécessairement. Certains entrepreneurs choisissent délibérément de rester à une taille qu’ils maîtrisent, quitte à plafonner volontairement leur croissance. Anastasia, elle, semble avoir choisi l’inverse : viser large, et vite. Dans son entretien accordé à Oussama Ammar, celui-ci va jusqu’à dire qu’il la voit avec un potentiel de devenir milliardaire — un jugement rare dans sa bouche, lui qui a accompagné des centaines de startups.
Que retenir de ce parcours ?
L’histoire d’Anastasia Procopis n’est pas seulement celle d’un secteur tabou rendu légitime par les chiffres. C’est aussi une leçon d’entrepreneuriat assez universelle : repérer un vide que personne ne veut combler, s’y investir à fond, apprendre plus vite que la concurrence, puis structurer une équipe pour transformer une compétence individuelle en organisation durable.
Reste une question ouverte, qu’Anastasia elle-même devra affronter avec le temps : un secteur construit sur des plateformes tierces — Instagram, Meta, TikTok — reste à la merci de règles changeantes et parfois arbitraires. La vraie prouesse ne sera peut-être pas d’avoir grandi vite, mais de durer, quels que soient les prochains coups de vis des algorithmes.

Sources
- Interview d'Anastasia Procopis par Oussama Ammar — Chaîne YouTube d'Oussama Ammar, publié le 7 juin 2026
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